24 Heures - Les magasins de sport musclent leurs services pour survivre

À Échallens, Gland et Montreux, trois patrons expliquent l’évolution nécessaire de leur activité et appellent leur clientèle à prendre ses responsabilités.

«Pourquoi doit-on toujours attendre que les choses disparaissent pour se rendre compte qu’elles nous manquent?» se demande Florian Carrel en buvant son café matinal. Le patron du magasin Sports-Time à Échallens ne s’inquiète pas pour lui puisqu’il approche de la fin de sa carrière professionnelle. Mais ce qu’il entend entre ses rayons l’interpelle: «Je ne suis pas sûr que les gens réalisent à quel point l’avenir des magasins de sport est menacé et les conséquences que cela aura, notamment pour les clubs sportifs locaux.»

Les chiffres sont parlants: selon les statistiques fournies par l’Association commerce de sport Suisse ( Asmas), en vingt ans, le nombre de points de vente dédiés au sport en Suisse a passé de 990 à 630 en 2024 (-36%). Et des grandes enseignes comme Athleticum, SportX ou Bike World ont déjà disparu ou sont en train de disparaître.

Celui qui est depuis plus de trente ans dans le métier a donc invité deux confrères à le rejoindre pour témoigner et sensibiliser, sans crier au scandale, ni se lamenter sur leur sort: Marc Bucher du magasin SB Sport Service à Gland et Luca Marques, jeune et récent repreneur du magasin Sports 2000 à Montreux. Tous trois font les mêmes constats: leurs affaires souffrent de la concurrence des sites de vente en ligne.

«C’est notre grand ennemi, bien plus que Decathlon, qui a des magasins stationnaires et emploie du personnel comme nous», constate Marc Bucher. Florian Carrel enchaîne: «Être présent physiquement permet d’échanger avec la clientèle, mais aussi de pouvoir faire essayer différentes tailles ou modèles, d’accueillir des stagiaires ou même d’être un point de vente pour des billets de spectacle. Nous jouons un rôle social important.»

Plus de services

Face à la baisse des ventes, une des solutions est de renforcer l’activité de service. En louant du matériel bien sûr, mais aussi en effectuant des tâches que les sites de vente en ligne ne proposent pas, comme le montage et le réglage des fixations de ski. Les clients doivent toutefois savoir que, désormais, cela leur sera facturé 100 francs. «Mais ce n’est pas toujours évident à faire comprendre, constate Luca Marques. Il faut parfois expliquer.»

Impossible aussi pour les magasins de gérer les garanties d’articles qu’ils n’ont pas vendus. Le trio espère donc que, sur la durée et en tenant compte de tous les paramètres, leurs clients finissent par estimer que les skis achetés en ligne ne sont plus si intéressants que ça.

Des marques les snobent

La vente en ligne a tellement progressé durant le Covid que certaines marques ont décidé, du jour au lendemain, de ne plus livrer les magasins. «Ça leur permet d’encaisser notre marge, mais cela fait aussi disparaître le métier de représentant, rappelle le vétéran Florian Carrel. L’avenir nous dira s’ils reviennent en arrière ou pas, mais en attendant, ça nous offre l’opportunité de mettre en avant d’autres marques.»

À Gland, Marc Bucher a développé un véritable centre sportif autour de son magasin avec une salle polyvalente, des courts de tennis et un café. «On est toujours dans le service. Et le jour où un joueur aura besoin d’une raquette plus performante que celle, premier prix, achetée chez Decathlon, on saura l’aiguiller vers le modèle qui lui conviendra le mieux.»

Les trois enseignes proposent également un service personnalisé aux clubs sportifs de leur région, notamment le flocage des maillots et la gestion des stocks de matériel. «Quasiment tous les clubs peinent à trouver des bénévoles, constate Florian Carrel. Nous sommes donc tous gagnants si on reprend ces tâches à notre compte.»

Si les responsables de clubs en sont conscients et jouent le jeu, malheureusement c’est de moins en moins le cas des membres. «Ce qui ne les empêche pas de venir nous voir quand ils cherchent de la pub pour leurs livrets de fêtes», soupire le même, en estimant que cela se produit plusieurs dizaines de fois par année dans son magasin.

Pas plus chers

Dernier point, la croyance tenace que les magasins de sport sont plus chers. «Ça fait trente ans que j’entends ça. Mais si c’était vrai, ça ferait longtemps que nous n’existerions plus», rappelle Florian Carrel. Le commerçant challensois avait d’ailleurs affiché dans sa vitrine un comparatif de prix de skis il y a quelques années. «La plupart des marques proposent plusieurs gammes. Il faut donc comparer ce qui est comparable», souligne Marc Bucher.

Hasard du calendrier, deux de ces trois spécialistes ont été récemment contactés par un jeune entrepreneur souhaitant lancer une marque de chaussettes de sport. «Des produits venus de Chine, qui se paient 50 centimes la paire. Mais il ne voyait absolument pas où était le problème de les afficher 30 francs en magasin, s’amuse Florian Carrel. Je ne suis pas entré en matière. Parce que si nous voulons survivre, nous ne pouvons pas nous permettre de vendre des chaussettes qui ne tiendront même pas une mi-temps sur le terrain!»

Problèmes d’accessibilité à Lausanne

Patron du magasin Aubert Sport à Lausanne, Laurent Aubert est pénalisé par la réduction du nombre de places de parc à disposition de ses clients et par l’augmentation de son loyer.

Institution lausannoise ouverte en 1957, le magasin Aubert Sport SA connaît les mêmes évolutions que ses concurrents. Mais un facteur supplémentaire incite Laurent Aubert à réfléchir au déménagement de son enseigne: l’accessibilité.

«En une année et demie, la Commune a supprimé une quinzaine de places de parc sur la rue de la Pontaise. Nos clients nous le disent: ils viennent encore par fidélité, mais il leur est de plus en plus difficile de trouver où se garer.»

Ce phénomène contribue à la baisse générale du chiffre d’affaires de 2 à 3% par an constatée depuis dix ans. «Et le problème, c’est que les loyers suivent, eux, une pente ascendante. J’ai tenté de discuter tant avec la Commune qu’avec la gérance, mais j’ai eu l’impression de parler dans le vide.»

 

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